Interviews du Dr Hu Wen-Chih

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Sources :

 Dr Chen Ching wen 陳擎文 (Chén Qíngwén)
Dr Chen Ching wen 陳擎文 (Chén Qíngwén)

Le Dr Chen Ching wen 陳擎文 est détenteur des droits des images et des interviews présentés dans les rubriques :
- Archives de voyage de Maître Tung - République Khmère-​
- Archive de la cérémonie funéraire de Maître Tung​
- Interview du Dr Hu Wen-Chih
- Interview de M Yuan Guo Ben​
Ces informations sont consultables publiquement sur le site : acupun.site

Nicolas Berger 安博宇

Nicolas Berger 安博宇

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Interviews classées

La rencontre du Dr Hu avec Maître Tung

« Nous avions, mon camarade plus âgé Lai Jin-hsiung et moi-même, demandé à M. Zhāng d’annoncer au Professeur Tung nos intentions. Après l’accord de ce dernier, nous avons prêté serment, en même temps (le même jour), selon le Sān guì jiǔ kòu 三跪九叩, Rite des trois genoux et des neufs coups. Il n’y a ainsi pas de différence d’ordre (de hiérarchie) entre nous deux. Tous ceux qui ont prêté serment ont passé le Rite des trois genoux et des neufs coups, c’est ainsi que nous étions intronisés. »

« Je souffrais de sinusites purulentes. »

Avec des écoulements de pus jaune ?

« Oui, à cette époque, je devais utiliser au minimum deux serviettes (mouchoirs) par jour. Ce que je mouchais, c’était du mucus nasal purulent. »

Maître Tung soignait-il principalement en utilisant la pharmacopée ou bien en utilisant l’acupuncture ?

 « Il traitait principalement par l’acupuncture. Plus tard, il a constaté que mon poumon était relativement faible, il m’avait donc prescrit du Báijī 白芨. On utilise cette plante pour soigner les patients avec des atteintes du poumon. Ainsi, j’en ai consommé de trois à cinq qián pendant dix jours. Ensuite, en combinaison avec un traitement en acupuncture, et après seize séances au total, j’ai été complètement guéri. »

Étant donné que dans mon enfance, la situation financière familiale était difficile, j’ai tou-jours dû faire des petits boulots pour pouvoir payer, moi-même, mes études. J’ai ainsi progressivement contracté une sorte de céphalées chroniques en raison de mon état de fatigue (neurasthénie). Après une longue période de traitements sans résultats au Sān jūn zǒng yīyuàn 三軍總醫院, l’hôpital général militaire, je suis allé, sur les recommandations d’un camarade plus âgé, consulter le Professeur Tung. Il m’a alors saigné la plante et le dos du pied à la suite de quoi j’ai été complètement guéri, et ce, en une seule fois.

« J’allais chez Maître Tung les samedis et parfois les dimanches, les jours fériés ou encore pendant les vacances d’hiver. J’habitais chez lui durant toutes ces périodes. Presque tous les dimanches après-midi, Maître Tung sortait se divertir. Lorsque les employés de l’administration du port nous recevaient, par exemple, nous allions marcher au bord de la mer, à Bì tán 碧潭, ou dans n’importe quel endroit avec une belle vue. Nous vivions donc vraiment ensemble les week-ends. »

Quelle était la situation lors des vacances d’hiver quand vous étiez militaire ?

« Nous avions environ deux semaines de vacances d’hiver. Pendant les vacances d’été, nous devions parfois nous entraîner. Ainsi, j’habitais chez Maître Tung les jours de repos ou bien les week-ends après être revenu des entraînements. »

Les périodes de repos (permissions) pendant les vacances d’été étaient-elles longues ?

« Elles étaient parfois longues, parfois courtes. Si nous nous entraînions à l’extérieur, elles étaient plus courtes. »

Et s’il n’y en avait pas ?

« S’il n’y avait pas d’entraînement, c’était plus long. »

Environ combien de mois ?

« Un mois et demi en général, presque deux. »

Comment se fait-il qu’il y avait des vacances d’hiver et d’été chez les militaires ?

« C’était parce que nous étions des élèves de l’école des cadres politiques. Comme pour les autres universités, nous, les étudiants, avions des vacances d’hiver. »

Donc pendant votre carrière militaire vous étiez sous le régime étudiant ?

« C’est cela. »

Apprentissage du Dr Hu : intronisation et disciple

« Nous avions, mon camarade plus âgé Lai Jin-hsiung et moi-même, demandé à M. Zhāng d’annoncer au Professeur Tung nos intentions. Après l’accord de ce dernier, nous avons prêté serment, en même temps (le même jour), selon le Sān guì jiǔ kòu 三跪九叩, Rite des trois genoux et des neufs coups. Il n’y a ainsi pas de différence d’ordre (de hiérarchie) entre nous deux. Tous ceux qui ont prêté serment ont passé le Rite des trois genoux et des neufs coups, c’est ainsi que nous étions intronisés. »

« Le Professeur Tung ne recevait aucune rétribution. Il disait souvent : « Je vous enseigne selon les principes du Rényì dàodé 仁義道德, vertu et morale. Il ne recevait par conséquent aucune rétribution. C’est de notre propre volonté que nous préparions des « cadeaux en six couleurs », c’est à dire six cadeaux de couleurs différentes, tout simplement. »

Choisissiez-vous vous-mêmes ces couleurs ?

« Nous les choisissions nous-mêmes. ».

Le Professeur Tung est l’un des aînés que je respecte le plus. Il avait une apparence sérieuse et une grande générosité de cœur. Il me traitait comme un fils. Il avait, un jour, appelé mon père pour qu’il aille le trouver et lui avait dit : « Votre fils est aussi mon fils ». Il avait également insisté pour que, pendant les vacances, ou durant mon temps libre, j’aille là-bas, auprès de lui. Par la suite, je buvais avec lui, nous sortions ensemble, il me racontait énormément de choses sur l’acupuncture-moxibustion, de nombreuses théories et des fondamentaux dont je n’avais jamais entendu parler auparavant. Ainsi l’acupuncture que j’ai apprise est différente de celles de beaucoup de mes frères dont l’enseignement est issu (uniquement) de la pratique clinique. Pour ma part, il m’a spécialement indiqué des « directions » (principes) à suivre. Il voulait que je fasse connaître l’acupuncture des Tung et que j’en fasse un but pour le reste de ma vie.

Témoignage Dr Hu : Vous venez de dire que vous aviez vécu dans la maison de Maître Tung pendant plusieurs années. Est-ce que quelqu’un est au courant, ou pourrait confirmer cela ?

Hu : Cela, la femme du professeur (Tung) peut le confirmer, car elle vivait là et j’étais très sou-vent avec elle.

Ainsi vos relations avec elle ne devaient pas être mauvaises ?

Hu : Pas mauvaises du tout, elle prenait vraiment soin de moi. Peu importe à quelle heure je rentrais, (car) parfois je retournais à Miao li, et ne revenais qu’à trois ou quatre heures du matin, elle me demandait alors si j’avais déjà mangé. Si je répondais que non, elle se levait immédia-tement pour me donner quelque chose à avaler.

Parcours du Dr Hu

« Bien sûr. Trois jours après que j’ai prêté serment, un disciple en raison d’un ulcère à l’estomac, est parti à l’hôpital pour plusieurs mois. L’école envisageait même de le réformer. C’est ainsi, qu’après avoir étudié trois jours seulement, j’ai utilisé les points Shuǐ tōng 水通, Shuǐ jīn 水金 en transfixiant. Après lui avoir administré les aiguilles et être retourné en classe, j’ai découvert, à ma grande surprise, qu’il avait discuté avec notre directeur M. Ma Kung keng 馬躬耕 (Mǎ Gōng gēng). Ensuite, nous avons continué le traitement pendant quelques sessions consécutives, et son état s’est amélioré comme ça. Deux semaines plus tard, je devenais le médecin spécial responsable de quatre unités de l’école, en charge de recevoir les nouveaux affectés. Il y en avait beaucoup. Je donnais des consultations tous les soirs. Trois mois plus tard, j’ai travaillé comme médecin spécial pour les classes étudiantes. M. Ma Kung Keng m’avait alors donné une autorisation. C’est le Professeur Tung qui m’avait demandé d’obtenir une autorisation légale, sans quoi, il m’était impossible de consulter. J’ai donc commencé à partir de ce moment-là, à demander au directeur de me remettre une autorisation annuelle, et ce, jusqu’au moment de quitter l’école. Lorsque je consultais à l’école je voyais au minimum deux cents personnes par jour. Les moments où il y avait le plus de patients, je pouvais en voir jusqu’à trois cent soixante-quinze. À cette période, mon camarade Lai Jin-Hsiung venait aussi m’aider. C’était comme cela… j’ai donné des consultations, comme cela, régulièrement, pendant trois ans. »

« En effet, à cette époque, pour effectuer des consultations, il ne fallait aucune licence professionnelle. Il fallait simplement être capable de soigner et tout était possible. Il n’y a pas eu de problèmes avec les lois sur la pratique médicale avant l’année 59 de la république de chine (1970) sic . Après, il a fallu avoir une licence professionnelle pour pratiquer. »

Les patients au centre militaire étaient vraiment très nombreux, aviez-vous donc un salaire ou était-ce, simplement, une opportunité de travail ?

« À cette époque, l’école avait pensé me donner un complément de quelques mille NT$ (New Taiwanese Dollar). J’ai refusé. On me fournissait cependant les aiguilles le coton, etc. »

Peut-on dire que vous pratiquiez des consultations bénévoles ?

« Des consultations bénévoles, toutes gratuites, entièrement gratuites. »

Combien d’années avez-vous pratiqué la médecine au centre militaire.

« En tout quatorze ans et quatre mois »

Donc vous avez donné des consultations gratuites pendant quatorze ans ?

« Oui »。

Avec ce rythme de consultations vous avez vu jusqu’à cent mille personnes ?

« Oh, peut-être plus, sans doute plus de deux cent mille. »

« À l’époque où je donnais des consultations bénévoles, il y avait beaucoup de journalistes qui venaient m’interroger, et parfois, il y avait des interviews qui étaient organisées par l’école elle-même. Il y avait un certain Chang Kuo wei 張國維 (Zhāng Guówéi) que j’avais autorisé à venir m’interviewer. Par la suite, de nombreux journaux ont commencé à écrire des articles avec des questions du style : à quels endroits est-ce que je donnais des consultations gratuites ? Combien de personnes est-ce que j’avais soigné ? Le Professeur Tung a lui aussi fini par entendre parler de cela par le biais de nombreux administrés ou cadres politiques qui avaient, eux-mêmes, apporté des journaux. Ils lui avaient raconté que son élève consultait à l’extérieur et avait des résultats brillants. »

« (C’est justement) à cette époque. C’est parce que des journaux comme le Xiàng liánhé 像聯合, le Zhōngguó shíbào 中國時報, ou encore le Zìlì wǎnbào 自立晚報, ont écrit des articles sur moi. De plus, ces mêmes journaux étaient parvenus aux mains du Professeur Tung sans même que je lui en parle. Certains chefs de la police ou encore de hauts fonctionnaires venaient lui remettre ces articles en lui vantant mes mérites, c’est alors que le Professeur Tung a commencé à avoir des paroles encourageantes à mon égard : « Étudie consciencieusement », « Regarde attentivement ». Il dit un jour : « Je voulais seulement t’enseigner un dixième de mon savoir mais j’envisage maintenant d’augmenter ton apprentissage ». Un jour, nous nous étions retrouvés, le Professeur Tung, M. Yü tse pu 于澤普 (Yú zé pǔ) et moi-même [pour discuter]. Alors que M. Yü tse pu, qui m’avait recommandé auprès du professeur Tung, insistait pour que celui-ci m’enseigne beaucoup plus, le Professeur Tung dit : « Une fois que je t’aurai enseigné mon savoir, il faudra, à l’avenir, que tu développes l’acupuncture-moxibustion de la famille Tung et que tu formes des disciples authentiques de Tung”. C’est sur la base de ce principe, que j’enseigne à de nombreux étudiants, et qu’ils ont d’excellents résultats. »

« Après avoir débuté l’étude (de l’acupuncture Tung), durant l’année 53, j’ai commencé à vouloir passer la licence de médecine chinoise, mais comme la date de l’examen tombait en même temps que mes études, j’ai repoussé mon inscription jusqu’à l’année 57. A l’époque, j’avais pris dix jours de vacances, et les avais passés à étudier. Par la suite après avoir quitté l’armée, au mois de février de l’année 65, qui était aussi la date de l’examen national de médecine chinoise, je me suis réinscrit, et en quinze jours de temps, en étudiant jours et nuits, j’ai réussi à passer l’examen national. Je peux depuis promouvoir l’acupuncture-moxibustion de la famille Tung. »

Photos de quelques articles de journaux évoqués dans la question :  « À partir de quel moment Maître Tung a-t-il commencé à prêter attention à vous et à particulièrement vous apprécier ». Ces photos ont été prises dans la clinique du Dr Hu pendant l’internat de Nicolas.

Parcours professionnel du Dr Hu

« Après avoir réussi l’examen, j’ai ouvert un cabinet, en décembre de l’année 66 et ce jusqu’à l’année 72, le Jǐng chāng zhōngyī zhěn suǒ 景昌中醫診所, le cabinet de médecine chinoise Jǐng chāng au numéro 63, de la rue du Sichuan, à Banqiao. J’ai choisi de nommer mon cabinet, Jǐng chāng, en hommage au Professeur Tung. Á cette époque, beaucoup de personnes m’ont déconseillé de nommer mon cabinet d’après le prénom du Professeur Tung. Ainsi en l’année 72, lorsque j’ai ouvert un cabinet à San chong, au numéro 83 de la rue Fú dé běi lù 福德北路, j’ai changé le nom du cabinet et l’ai appelé Chāng zhōngyī zhěnsuǒ 昌中醫診所. J’ai conservé le caractère Chāng昌 (du prénom de Maître Tung), afin de ne jamais l’oublier. En l’année 89, j’ai de nouveau déplacé mon activité au numéro 505 de la rue Zhōng hé lián chéng  中和連城, toujours avec le même nom, Chāng zhōngyī zhěnsuǒ 昌中醫診所, et ce, jusqu’en l’année 89 ou j’ai une nouvelle fois déménagé et suis retourné à Sanchong, au numéro 2 dans la quinzième section, du district 101 de la rue Zi qiang. J’y ai ouvert un cabinet que j’ai nommé Xīnchāng zhōngyī zhěnsuǒ 新昌中醫診所 et que j’ai encore aujourd’hui. »

« Au cabinet Xīnchāng zhōngyī zhěnsuǒ  新昌中醫, les consultations sont totalement à la charge du patient. »

Y a t-il des traitements en acupuncture et en pharmacopée, ou bien principalement en acupuncture ?

« C’est principalement l’acupuncture que j’utilise, la pharmacopée étant utilisée seulement comme une méthode pour conforter le traitement. »

« En réalité dès le début, quand j’ai commencé à étudier l’acupuncture, j’ai eu des résultats cliniques acceptables, mais qui restaient cantonnés au cadre de consultations concernant des pathologies assez courantes. Cela, c’était avant que le Professeur Tung m’enseigne les Bù dìng xué 不定穴, points non-fixes. Il a exigé que je ne commence à les utiliser qu’après l’âge de 45 ans. C’est au moment où j’ai commencé à les utiliser, (il faut dire qu’ils peuvent en même temps servir de méthode de diagnostic et de méthode de traitement), que j’ai vraiment commencé à avancer à pas de géant, spécialement dans le traitement des pathologies complexes et des cancers. Les résultats cliniques sont vraiment devenus beaucoup plus significatifs à partir de cette époque. Ces points non-fixes, c’est ce que mes co-disciples ne connaissent pas vraiment. A cette époque le  Professeur Tung m’avait dit qu’il ne les enseignerait qu’à une seule personne, et que par la suite il ne les enseignerait peut-être plus jamais. Il les utilisait cependant. Ainsi tous les co-disciples, certains plus que d’autres, ont noté des dizaines de points qui ne font pas partie des points communément transmis, en réalité, la grande majorité d’entre eux sont des points non-fixes. »

« En règle générale, je ne parle pas souvent de théorie, donc tout le monde dit que je suis un médecin de la pratique. Il est vrai que pour la plus grande part, ma pratique est tirée de l’expérience clinique. A partir de celle-ci, j’ai pu découvrir, de manière toute naturelle, des théories singulières sur l’acupuncture. De la pratique émergent des théories nouvelles, mais surtout des méthodes de puncture et des fonctions/propriétés originales/novatrices/innovantes. Comme pour les Bù dìng xué 不定穴, points non-fixes, il y a beaucoup de nouvelles techniques qui me sont venues (en pratiquant). Ces techniques et d’autres, dont je n’avais pas connaissance par le passé, c’est en suivant le chemin que Maitre Tung m’a dévoilé, au travers de ses enseignements et de ses entretiens, que je les ai découvertes. Il m’avait déjà donné de très bonnes pistes. C’est donc à partir d’elles que j’ai fait de nouvelles découvertes. À l’époque, c’est selon cette méthode qu’il m’a transmis son enseignement ».

« C’est exact. Au début, quand il m’a parlé des points non-fixes, je le dis sincèrement, je ne comprenais pas très bien … Puis, il m’a conseillé de faire mes propres expériences en suivant sa méthode. Ainsi, au fur et à mesure de mes consultations, j’ai rédigé des notes, j’ai observé les endroits où apparaissent des « choses » (phénomènes) en fonction des pathologies. Après avoir accumulé beaucoup d’expériences, j’ai pu être certain que tel type de pathologie entraînait forcément tel type de changement de couleur, et être capable d’en déterminer la source. C’est comme cela, à partir de ces études, que j’ai parachevé les points non-fixes ».

« Dans l’acupuncture Tung, dès l’origine, il y avait les points non-fixes. Lorsque le Professeur Tung était encore là, je vivais chez lui. Pendant ces deux ans et demi, il m’a souvent parlé des points non-fixes puis il m’a donné la méthode pour pouvoir les chercher, pour savoir comment reconnaître l’origine d’une maladie, comment découvrir le traitement, en particulier pour ce qui concerne les maladies complexes, où ces recherches sont très importantes. »

 

Les spécificités du style du Dr Hu

« Mes spécificités, dans la pratique de l’acupuncture… Il y a trois principaux points forts : d’abord les Bù dìng xué 不定穴, ce sont les points non-fixes, utilisés pour le diagnostic et le traitement ; ensuite, ce sont les méthodes de saignée (technique d’aiguille pour faire sortir le sang). C’est ce que l’on appelle aujourd’hui, la technique d’aiguille de « micro-saignée » ou de « saignée » ; enfin, ce sont les points fixes, notamment ceux de la zone 8-8 que j’ai spécialement étudiée, et à partir de laquelle j’ai en grande partie créé les points Shí quán 十全穴, les dix points complets (les dix tout). Je les utilise pour traiter tout type de pathologies complexes, telles que les cancers, les AVC, le lupus érythémateux, les ostéophytes, les pathologies cardiaques, le cancer du foie, les pathologies rénales, et ce, avec de très bons résultats. »

Les Bù dìng xué 不定穴, points non-fixes

« Oui, ils existent. Ils ne sont pas juste présents sur les mains ou les bras, on peut les utiliser sur l’ensemble du corps. La question est juste de savoir si vous savez et pouvez vraiment les utiliser. »

« C’est Maître Tung, lui-même, qui a choisi le nom de la technique de puncture des Bù dìng xué en l’an 51 (1962) dans un article rédigé pour la conférence mondiale sur l’acupuncture. Il y évoque les Bù dìng xué, ce n’est pas moi qui en parle, mais Maître Tung, lui-même. »

« Bien sûr. Je suis devenu disciple l’année de mes 22 ans, ensuite j’ai obtenu mon diplôme de médecin à l’âge de 35 ans. En ce qui concerne le fait que Maître Tung voulait que je n’utilise les Bù dìng xué, qu’après l’âge de 45 ans, c’était, au départ, pour que j’accumule de l’expérience clinique, jusqu’à atteindre un certain niveau de pratique et que je puisse réellement comprendre les points non-fixes. J’ai donc commencé à les utiliser après avoir passé l’âge de 45 ans. »

Donc en fait vous avez commencé à utiliser les points non-fixes, 24 ans après être devenu son disciple ?

 « C’est cela ».

Les 72 Jué zhēn 絕針, 72 aiguilles absolues (singulières) et des 32 jiě xué 解針, 32 aiguilles de résolutions

« Les 72 aiguilles absolues (singulières) et les 32 aiguilles de résolutions existent réellement. Un jour, alors que je l’accompagnais pour boire, il (Maître Tung) m’en avait parlé. C’était également dans le livre de Chuang Yu-min 莊育民 (Zhuāng Yùmín) . Par voie de conséquence, on peut se rendre compte qu’il n’y avait pas que moi qui étais au courant de leur existence. Il y avait aussi M. Jung Pien ming 戎辨明 (Róng Biànmíng), que je connaissais bien et qui lui aussi savait pour ces points. Nous avions parlé ensemble des 72 aiguilles absolues (singulières) et des 32 aiguilles de résolutions.

M Róng Biàn míng était-il aussi un disciple ?

« Non, lui c’était un ami proche du Professeur Tung, Il avait un âge avancé »

 En quelle occasion avait-il appris l’existence de ces choses-là ?

« C’était un jour où nous buvions avec le Professeur Tung, il nous accompagnait. C’est à cette occasion que le Professeur Tung m’avait parlé des 72 aiguilles absolues (singulières) et des 32 aiguilles de résolutions. Il avait mentionné les circonstances où il fallait les utiliser, leurs spécificités … c’est à ce moment-là que M. Jung Pien ming lui aussi avait posé des questions. Le Professeur Tung lui avait répondu que ces choses-là ne le concernaient pas, et que c’était avec ses élèves qu’il en parlait, pas avec lui ».

Mǐ lì zhēn 米粒鍼, puncture en grain de riz

« La méthode de puncture en grain de riz… le Professeur Tung m’en a parlé une fois, après quoi, je lui ai demandé s’il pouvait me la montrer. Il a alors dit : « Cette aiguille est trop épaisse, il faut une aiguille un peu plus fine ». Il est ensuite allé chercher une loupe, a choisi un quelconque pore de la peau, et m’a montré comment piquer. Il a ajouté que ce type de puncture est absolument indolore, et que les effets sont extraordinairement bons. En raison de ma mauvaise vue, je n’ai utilisé cette technique que sur une seule personne. Après quoi je ne l’ai plus beaucoup utilisée, car c’est trop contraignant. Il faut prendre une grande loupe, examiner (les pores), puis compter les « grains de riz » (sic.), une distance de grain de riz après une distance de grain de riz… compter comme cela [il décrit alors des petits rebonds avec le doigt] un, puis deux, puis trois. Il faut ensuite piquer sur les pores. C’est une méthode qui fait partie des méthodes de puncture des pores de la peau.

« [Qui puisse le certifier, oui,] à ce moment-là, j’ai demandé au frère aîné (disciple) Lin Chü ch’u 林菊初 (Línjúchū) de me donner les aiguilles les plus fines. Ensuite, le Professeur Tung m’a demandé de pratiquer cette puncture, et je suis alors allé trouver le frère Lin [pour pratiquer]. Après avoir fini, je suis parti chercher le Professeur Tung pour lui en faire la démonstration en personne. C’est alors qu’il m’a montré cette technique de puncture sur un patient âgé à côté de lui. Il a ajouté que les effets de cette puncture étaient extrêmement bons et qu’il fallait qu’elle soit coordonnée avec le Jīng, Qì, Shén 精氣神.

Donc, à ce moment-là, le patient a-t-il entendu le nom de cette technique ?

« Oui, il l’a entendu »

Le frère Lin Chü ch’u connaissait-il le sens de cette puncture ?

« Je ne sais pas, le Professeur Tung avait dit de ne pas en parler ».

Donc il vous a simplement servi à poser les aiguilles, mais il ne savait pas ce que vous étiez en train de faire ?

« C’est cela ».

Cas cliniques du Dr Hu

« À 22 ans, quand je suis devenu disciple, j’ai commencé à traiter des patients dès le troisième jour de mon intronisation, et ce, jusqu’à aujourd’hui. On peut dire que cela fait déjà quarante-cinq ans. »

« Bien sûr… Je parlerai d’abord du cancer de mademoiselle Weng Yüeh chün 翁月君 (Wēng Yuèjūn). Elle est née en l’année 53 (1964), résidait au troisième tronçon, de la rue Zhōngxiào dōng 忠孝東路三段, et travaillait comme secrétaire. Au début de l’année 83 (1994), on lui a diagnostiqué un cancer de l’utérus en phase terminale. En utilisant les Shí quán 十全穴, les dix points complets combinés à l’utilisation des Bù dìng xué 不定穴, points non-fixes, ainsi que la technique de saignée, elle a été complètement guérie le 18 juin de l’année 83 (1994). Lorsqu’elle est revenue me consulter en l’année 94 (2005), c’est à dire onze ans après, on n’avait découvert chez elle aucune cellule cancéreuse, et donc, aucune récidive. On peut parler de guérison totale. »

« Rien de tout cela. Après avoir réalisé les examens qui ont permis le diagnostic, elle est immédiatement venue à la clinique se faire soigner. Il est vrai que je connaissais bien l’entreprise où elle travaillait. Aussi le personnel lui avait conseillé de venir rapidement me voir. »

Le processus de traitement était-il principalement axé sur la thérapie en acupuncture, ou il y avait également un traitement en pharmacopée chinoise ?

« A cette période, je lui avais prescrit un traitement entièrement basé sur l’acupuncture, associé à la saignée des points non-fixes. »

Après sa rémission, y a-t-il eu un traitement de confort (suivi, de fond) ?

« Durant la période [de rémission], elle a eu un suivi annuel durant lequel elle m’appelait et m’informait de sa situation, elle disait que tout allait bien. Après l’année 94 (2005), ce qui fait un total de onze années, elle est revenue au cabinet. Elle m’a dit alors que pendant tout ce temps elle n’avait fait aucune récidive, et qu’elle n’avait plus de cellules cancéreuses. »

« Je vais parler désormais du deuxième cas, Liú měijī 劉美姬 (Liú Měijī). Née en l’année 40 (1951), elle résidait à la rue Zhuāng jìng 莊敬路à Bǎnqiáo 板橋. Elle est venue se faire traiter le 9 octobre de l’année 93 (2004). Au moment de la consultation, elle avait déjà reçu neuf séances de chimiothérapie. Je lui ai conseillé de ne pas continuer à prendre des médicaments, ni d’avoir recours à la chimiothérapie. Grâce à l’utilisation de l’acupuncture, avec l’emploi des Shí quán 十全穴, les dix points complets, combinés à l’utilisation des Bù dìng xué 不定穴, points non-fixes, au bout de six mois, elle a été guérie. Après trois autres sessions d’examen, tous les marqueurs étaient redevenus normaux. Elle a continué par la suite à suivre un traitement de confort (suivi, de fond). »

« Le troisième cas est celui de M Lin Ping huang 林炳煌 (Lín Bǐng huáng). Né en l’année 40 (1951), il a contracté un cancer du foie avec ascite. Il est venu se faire traiter le 10 septembre 85 (1996). Au bout de sept mois de traitement, il a été totalement guéri. Le 5 mars 98 (2009) il est revenu au cabinet pour acheter des plantes chinoises, comme traitement de confort. Après avoir été soigné durant une période de traitement continu, il a continué à venir tous les six mois pour une consultation de routine. Les résultats ont donc été très bons, au point qu’il n’y a pas eu de récidive. »

Ce patient, avec une cirrhose du foie et une ascite, vous l’avez soigné en utilisant seulement l’acupuncture n’est-ce pas ?

« Il a été traité complètement avec l’acupuncture, mais je lui avais aussi donné quelques formules pour le foie et les reins. »

Pour le traitement en acupuncture vous avez utilisé vos techniques spéciales ?

« Le traitement en acupuncture était basé sur les Bù dìng xué不定穴, points non-fixes et des Shí quán 十全穴. J’utilise ces deux méthodes pour traiter les pathologies lourdes. »

« Le quatrième cas clinique, Chen Shih chien陳時鑑 (Chén shí jià), est quelque peu particulier. Né en l’année 38 (1949), il résidait dans la rue Fùshān富山 à Bǎnq iáo板橋. Il est venu me voir, le 13 février de l’année 95 (2006) en raison d’une forme grave de diabète ayant induit une perte totale de la vision. Il a été entièrement guéri en six mois de temps, en utilisant un traite-ment basé sur les Shí quán 十全穴 et le point Sān chā yī三叉一combinés aux Bù dìng xué不定穴, points non-fixes. »

A-t-il retrouvé la vision après le traitement ?

« Il a complètement récupéré la vue : trois mois après le début du traitement il était capable de conduire sa moto. »

Témoignage Dr Hu : Vous avez une certaine expérience et avait guéri des cancers. Votre pratique vous a permis sans doute d’établir des statistiques. Finalement le taux de guérison du cancer est-il élevé ?

« Je pense que pour certains cancers, le taux de guérison est relativement élevé, par exemple, les cas de guérison du cancer de l’intestin sont les plus nombreux. Le taux de guérison du cancer du nez est d’environ 50%, moitié, moitié. Pour les cancers du poumon il y a aussi des possibilités de guérison. J’ai également traité un certain nombre de cas de cancer du foie avec ascite. Dans les cas d’autres cancers, comme l’adénocarcinome pulmonaire, l’adénocarcinome lymphatique et l’adénocarcinome gastrique, les résultats ne sont pas très bons. Je les ai traités, mais les patients ne sont plus là aujourd’hui. »

« À partir de l’année 83, quand j’ai commencé à accéder aux remboursements par la sécurité sociale, j’avais environ deux à trois cents patients par jours… Cela fait beaucoup de monde. Il y avait toutes sortes de pathologies complexes, comme les cancers, les AVC… C’était ce que je traitais le plus. Chaque jour, je recevais plus de deux cents personnes. C’est finalement dans ces domaines, les cancers et les AVC que j’ai le plus d’expérience. Parce que mes consultations étaient prises en charge par la sécurité sociale, tout le monde venait me voir. Depuis que mes consultations sont à la charge des patients, beaucoup de personnes me déconsidèrent, mais… en raison de mes propres problèmes de santé… Après un an à prendre des consultations à ce rythme, je ne pouvais pas ne pas m’arrêter, je n’arrivais plus à suivre et à prendre autant de patients. »

La lignée du Dr Hu

J’ai commencé à accepter des étudiants à partir de l’année 66 (1977).

À cette époque vous veniez juste de commencer votre activité ?

« Juste après avoir passé l’examen de médecine chinoise ».

Y a-t-il une différence entre vos disciples : par exemple, les « disciples ayant été intronisés, ayant prêté serment » et les « disciples devenus membres de famille » ou encore d’autres catégories ?

« Il y a les étudiants « normaux », ceux des cours, ou des conférences publiques. Ce ne sont pas des « disciples », ce sont des étudiants ; ensuite il y a deux types d’étudiants qui deviennent des disciples, il y en a qui viennent étudier mais ne sont pas intronisés, et d’autres qui sont intronisés à partir du rituel du Sān guì jiǔ kòu 三跪九叩, rite des trois genoux et des neuf coups. Voilà les différents types d’étudiants ».

S’il vous plait, avant d’accepter vos disciples est-ce que vous les choisissez (filtrez) ?

« C’est cela, je veux d’abord les rencontrer pour un entretien à la suite duquel je décide si je les accepte ou non ».

Jusqu’à aujourd’hui, combien avez-vous accepté de disciples ?

« Jusqu’à aujourd’hui, il y en a cent cinquante ».

Pour le processus d’intronisation est-ce que vous suivez les méthodes rituelles classiques (traditionnelles) ?

« L’intronisation se fait en s’appuyant sur les règles établies par Maître Tung, il avait dit : « avant de pouvoir (leur) enseigner quoi que ce soit, il faut d’abord passer par le rite des trois genoux et des neuf coups ». ».

« Avant, nous avions des discussions, les dimanches après-midi, une fois par mois, chaque mois (en plus de l’internat). Ensuite, en raison du grand nombre de disciples, je n’ai plus réussi à les voir tous (un à un), donc je les ai regroupés. Désormais, ces dix dernières années, c’est uniquement en clinique (que j’enseigne). Les moments de pause, ce sont les « moments de cours » et après, on passe aux consultations cliniques. S’il n’y a pas de patients, les étudiants regardent des vidéos enregistrées (de cours) ou alors je leur fais cours directement. »

Le livre du DR Hu : Œuvre complète des plus récentes utilisations pratiques des points extraordinaires d’acupuncture-moxibustion de la famille Tung,

« Lorsque Maître Tung a publié son livre, il y avait deux-cent huit points. »

« Lorsque vous avez été intronisé et êtes devenu disciple, Maître Tung vous a-t-il dit combien de points il y avait dans l’acupuncture Tung ?

« À l’époque où j’ai été intronisé, le Professeur Tung m’avait dit que notre acupuncture comptait sept-cent quarante points, et qu’il fallait que nous les étudions le mieux possible. Il a également précisé qu’il faudrait compléter les zones qui n’étaient pas achevées, au fur et à mesure, en fonction de ce qu’il avait dit et de ce qu’il avait utilisé.

Vous avez augmenté le contenu du livre que vous avez vous-même compilé en fonction de ce que vous avez observé en clinique et de ce que vous avez retenu. Combien de points avez-vous rajouté ?

« Au total, j’ai rajouté quatre-cent-quarante-six points. »

Donc, après cet ajout, combien y a-t-il de points au total ?

« Actuellement, il y a six-cent-cinquante-quatre points d’acupuncture. »

Par rapport aux sept-cent-quarante points de l’acupuncture Tung, il en manque donc environ une centaine ?

« Maitre Tung n’avait pas fini d’enseigner la partie de l’arrière-cerveau (occiput) et peut-être d’autres parties encore. Comme il ne me les a pas enseignées et que je n’en ai jamais entendu parler, je n’ai donc fait aucun ajout de points (dans ces zones). »

« Au vu de la situation actuelle, compléter et finir (la liste des) points me parait difficile. En dehors de personnes particulièrement sages, il faudrait quelqu’un qui ait eu accès à des connaissances spéciales ou des éléments différents pour pouvoir l’achever. »